Présidence de l'AFJE : Nathalie Dubois succède à Jean-Philippe Gille

Propos recueillis par Florence Leandri

Le 20 mai 2026, Nathalie Dubois, secrétaire générale de Fnac Darty, a succédé à Jean-Philippe Gille, désormais président d’honneur. Pensée de longue date, cette succession s’inscrit dans la continuité et dans la même volonté d’accompagner la transformation du métier.

 

Jean-Philippe Gille, vous êtes un membre fidèle et engagé de l’AFJE depuis 1997 ! Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

Jean-Philippe Gille : En 1997, j’ai rejoint une structure pionnière, animée par une énergie collective forte. Mes premiers pas en tant qu’actif bénévole remontent à 2006, avec l’analyse du rapport Guillaume sur le statut d’avocat en entreprise, qui a été ma porte d’entrée sur le conseil d’administration en 2007. J’ai eu la chance d’accompagner l’association dans différentes fonctions : trésorier, vice-président en charge de la stratégie de développement, responsable des régions puis des commissions, avant d’être désigné président en 2022.

 

Quel bilan dressez-vous de votre engagement au sein de l’AFJE ?

JPG : De ce parcours sur presque 30 années, je garde, à titre personnel, le souvenir d’une aventure humaine riche : j’ai rencontré des personnes talentueuses et fourmillant d’idées, avec lesquelles j’ai tissé des liens d’amitié. Les exemples sont trop nombreux pour être tous mentionnés, mais je garderai parmi ceux-ci le souvenir chaleureux du travail réalisé avec les délégués régionaux pour affirmer la dimension nationale de l’association.

D’un point de vue institutionnel, je retiens avant tout le formidable développement de l’AFJE comme association de référence de la profession en France. Développer, structurer, transmettre a été mon engagement durant ce mandat. Faire advenir un collectif est ce qui m’a porté. Car ensemble, on s’augmente ! Grâce aux forces vives de l’association, nous avons pu avancer sur de nombreux sujets clés comme la formation, la conformité, l’ESG-RSE ou encore l’IA. Il est important de capitaliser sur les expertises et les expériences, riches au sein de l’AFJE, et de créer des synergies, notamment en région. 

Enfin, l’adoption de la loi sur la confidentialité des consultations des juristes d’entreprise est bien sûr une véritable fierté. S’agissant de l’aboutissement de 30 ans d’engagement de l’AFJE et de ses présidents successifs, je me devais de réussir la coordination de l’équipe dédiée et des interactions avec les parties prenantes institutionnelles et politiques sur ces quatre ans de mandat. Cela a été une fantastique expérience.

 

Pourquoi avoir pressenti Nathalie Dubois pour vous succéder ? 

JPG : Un président a deux responsabilités essentielles : développer et pérenniser l’association. La question de ma succession était pour moi consubstantielle à ma nomination. J’y ai réfléchi immédiatement avec mon prédécesseur, Marc Mossé, et le conseil d'administration. Le profil de Nathalie a naturellement et assez rapidement émergé en raison des dossiers stratégiques (formation, ESG-RSE…) qu’elle a portés au sein de l’AFJE, avec énergie, professionnalisme, efficacité et empathie. Elle a les qualités nécessaires à la fonction de président : une légitimité et une crédibilité indéniables, une vision claire et réaliste, et une capacité à porter les initiatives avec détermination. 

 

Comment avez-vous accueilli la proposition de présider l'AFJE ? 

Nathalie Dubois : Tout d’abord, je tiens à le remercier pour ces quatre années intenses et fructueuses au service de l’AFJE et de la profession, ainsi que pour la constance de son engagement bénévole. Je le remercie également pour sa proposition que j’ai reçue comme une marque de confiance. Je ne poursuivais pas cette ambition mais c’est profondément gratifiant quand des personnes que l’on respecte croient en vous. Je suis convaincue que certains chemins se dessinent sans que nous les ayons vraiment planifiés, qu’ils apparaissent au fil des rencontres et des circonstances : l’essentiel est alors de savoir les accueillir. Je partage avec Jean-Philippe Gille le sens du devoir. À partir du moment où je peux le faire, j’ai le sentiment que je dois le faire. Sa proposition m’a amenée à me questionner sur ce que représente pour moi l’AFJE. Je me suis pleinement épanouie dans la richesse de son collectif et cet engagement est devenu une part importante de mon chemin. L’AFJE est un lieu de rencontres, d’échanges, d’entraide et de réflexion collective qui accompagne les juristes d’entreprise dans leurs questionnements et l’évolution de leur métier. Elle contribue à faire progresser la place du droit dans l’entreprise et donc dans la société, tout en s’attachant à la transmission vers la nouvelle génération. Quoi qu’il en soit, j’aborde ce mandat avec beaucoup d’enthousiasme, d’humilité, de curiosité et de sérénité.

 

Quels sont les grands axes prioritaires de votre mandat ? 

ND : Collectif, transformation et ouverture, trois façons de faire tenir ensemble ce qui devient plus complexe ! Renforcer et fidéliser la communauté est la première priorité. Je mise sur l’intelligence collective. La cross-fertilisation entre délégations, commissions et groupes scientifiques peut apporter une véritable valeur ajoutée. Le deuxième axe est bien sûr la transformation. IA, gouvernance des données, cybersécurité, durabilité, géopolitique : notre environnement change en profondeur, à un rythme qui s’accélère, avec des enjeux toujours plus imbriqués. L’AFJE a un rôle structurant à jouer et doit se réinventer en continu pour s’adapter à l’évolution des besoins des adhérents et de leurs entreprises. D’où le 3e axe : la nécessaire ouverture sur l’ensemble de la filière juridique et des autres fonctions de l’entreprise (RSE, finance, RH, risques…). Les associations professionnelles doivent montrer l’exemple, dialoguer et construire ensemble. 

 

Quelle est la composition de votre bureau ?

ND : Le nouveau bureau s’inscrit dans la lignée du précédent. Besma Boumaza reste mobilisée sur les enjeux liés au métier, Bruno Contestin assure toujours le développement et l’animation des délégations régionales et Marie-Clothilde Vial conserve sa fonction de trésorière. Christian Mouchel prend mon relais sur les sujets de formation initiale et les relations avec les universités, Tristan Carayon est en charge des affaires publiques et Nicolas Smadja est missionné sur la coordination et le développement des commissions experts. 

Par ailleurs, pour favoriser la cross-fertilisation au sein de l’AFJE, nous pourrons compter sur l’expertise de la commission Legal Ops & innovation.

À court terme, je continuerai à piloter le groupe scientifique ESG-RSE, mais l’objectif est de segmenter les thématiques et de trouver les ambassadeurs qui les porteront

 

Comment projetez-vous le métier de juriste d’entreprise en 2040 ? Et l’AFJE ?

ND : Le juriste d’entreprise restera un expert du droit, mais ses missions et ses responsabilités sont bien plus vastes. Il doit éclairer des décisions plus complexes, être un connecteur capable de relier des enjeux divers, juridiques, technologiques, environnementaux ou encore géopolitiques, et dialoguer avec l’ensemble des fonctions de l’entreprise. L’IA va mettre les connaissances juridiques à la portée de tous. Les connaissances ne constitueront plus une barrière à l’entrée. Le rôle du juriste se déplace : plus en amont, plus transversal et plus intégré aux décisions. Le juriste doit renforcer ses compétences d’analyse, son esprit critique et sa vision transversale et stratégique des problématiques. C’est cette boussole qui me guidera pour faire de l’AFJE un collectif qui aide chaque juriste à naviguer dans ce monde en transformation. L’AFJE doit rester un lieu d’apprentissage permanent et de débats pour accompagner les juristes.

 

Quels sont les atouts et les marges de progression de l’AFJE pour tendre vers cet objectif ?

N. D. : Le premier atout de l’AFJE, c’est sa communauté, avec son ancrage territorial ! Je me reconnais pleinement dans la devise portée par Jean-Philippe Gille : ensemble, on s’augmente. Pour continuer à la faire vivre, nous avons besoin de plus de transversalité, de lisibilité et de passerelles à tous niveaux, entre métiers du droit, générations, territoires… L’association doit continuer de s’inscrire dans une démarche Kaizen, c’est-à-dire d’amélioration continue, pour s’adapter aux besoins des juristes et aux transformations à venir. 

 

Avez-vous un message à adresser aux adhérents et plus largement aux 20 000 juristes d’entreprise ?

JPG : J’invite tous les juristes d’entreprise à rejoindre l’AFJE, un espace pour progresser et s’épanouir, le tout dans une ambiance humaine et conviviale. L’AFJE est l’association représentative et au service de tous les juristes d’entreprise. J’encourage tous les adhérents à participer, échanger, se former et à s’engager. Plus vous l’investirez, plus l’association vous sera utile et concrète

ND : Aux bénévoles, je dis merci pour le temps donné, leur énergie, leur engagement sur le terrain, c’est vous qui faites vivre l’AFJE au quotidien. Aux juristes d’entreprise, je dirais que notre métier compte : dans les décisions, dans la gouvernance, dans la capacité des entreprises à se transformer et affronter les périodes de turbulence, parce qu’il est au cœur des arbitrages qui façonnent ces trajectoires. L’AFJE est là pour vous accompagner, créer du lien et ouvrir des perspectives. 

 

Un vœu à formuler ?

ND : Deux vœux ! Premièrement que l’adhésion à l’AFJE devienne un réflexe naturel pour toutes les directions juridiques, perçue et prise en charge comme un investissement au service du collectif. Ensuite que la formation continue des juristes d’entreprise soit reconnue comme une nécessité professionnelle et dotée de moyens, au même titre que pour d’autres professions du droit.

JPG : Que l’AFJE continue de grandir et de fédérer toujours plus de juristes d’entreprise, qu’elle continue d’anticiper et d’accompagner avec énergie et efficacité ses membres

 


Publié le 20/05/2026