Portrait de la direction juridique de Michelin
Découvrez comment la direction juridique de Michelin, pilotée par Benoit Balmary, roule à plein régime pour accompagner le développement durable et l’éthique de ce géant mondial, avec une feuille de route qui place l’humain et l’approche partner centric au coeur de son action.
Par Florence Leandri
Il y a une quinzaine d’années, un chasseur de têtes approche Benoit Balmary, alors directeur juridique de Dassault Systèmes. À défaut de le convaincre de quitter l’entreprise à laquelle il était très attaché, il lui conseille de dresser la liste des entreprises susceptibles de l’amener à franchir le pas. Ce fut rapide : il n’y avait qu’un seul nom sur cette liste : Michelin ! « Ayant grandi professionnellement au sein du groupe Renault, j’avais la nostalgie d’un environnement industriel, indique Benoit Balmary, directeur juridique du groupe Michelin. Et dans cet univers, Michelin se distingue par sa capacité à penser son impact sur le monde et sa trajectoire ESG. Cela explique sans doute le fort taux d’engagement - 84,7 %- des salariés du groupe en 2024. »
Une communauté bien huilée, moteur de performance
À sa prise de poste en 2014 chez Michelin, Benoit Balmary découvre « une direction composée de juristes, de paralegals, d’ingénieurs brevet et d’administratifs très compétents. Mais organisée comme un cabinet d’avocats traditionnel, avec des “bureaux“ assez indépendants, ce qui ne favorisait ni les échanges, ni la collaboration… » Premier objectif donc : constituer une communauté juridique, « un réseau neuronal permettant de connecter les équipes et les gens et de leur donner les moyens de travailler les uns avec les autres », définit le directeur juridique. Pour cela une plateforme virtuelle dédiée à la fonction juridique a été créée et une gouvernance plus globale instaurée. Si cet horizon peut sans cesse être amélioré, il induit « une démarche que les équipes se sont très vite approprié et un double effet positif : le renforcement de l’empathie professionnelle et le lancement de nombreux projets transverses qui irriguent la fonction juridique avec une triple finalité : s’améliorer sur la thématique, définir des process efficaces dans la durée et mettre à disposition un livrable générant une valeur pour le groupe », se félicite Benoit Balmary.
L’autre évolution marquante de la fonction juridique s’inscrit dans le projet de simplification lancé par le groupe en 2020 : « la réflexion menée nous a conduit à adopter une approche partner centric. Notre organisation a été repensée autour d’une évidence parfois oubliée : nous sommes une fonction support. » D’où un business support group qui englobe tous les juristes d’affaires qui aident une activité circonscrite, tels que les achats ou le fleet management. Le regional support group, qui réunit toutes les équipes implantées en région sous la supervision d’un general counsel, a notamment pour mission de réaliser l’inter-régionalité de la fonction juridique, toujours dans cette logique de communauté juridique intégrée. S’ajoute à cela le corporate support group, le compliance support group, l’innovation & brand support group et enfin le legal community support group où exercent les Legal ops et l’administratif de la fonction juridique. « Cette nouvelle architecture a été source d’efficacité, apprécie Benoit Balmary. Nous mettons désormais à profit la maturité acquise sur ce fonctionnement pour travailler sur les relations entre les différents groupes afin d’identifier les écarts, les redondances et donc dégager un gain opérationnel. »
Les roues motrices de la fonction juridique
Avec 118 juristes, 27 ingénieurs brevet, 12 spécialistes conformité, 40 paralegals, sept spécialistes de responsabilité produit, huit supports administratifs et huit autres fonctions support dont le community management et les legal ops, la fonction juridique de Michelin compte à ce jour 220 collaborateurs répartis dans 21 pays. Deux domaines ont concentré l’essentiel des recrutements depuis quelques années : « la propriété intellectuelle a pris une ampleur progressive, les brevets formant le socle de protection de la stratégie d’innovation du groupe. Et nous avons augmenté notre recours à l’open innovation qui requiert un support juridique contractuel dédié, partage Benoit Balmary. La montée de la conformité s’est accélérée sur les cinq dernières années. Nous sommes passés de cinq à 13 personnes au niveau groupe, rattachées à une chief compliance officer. »
Le directeur juridique de Michelin ajoute : « Côté effectif, nous sommes arrivés à un point de maturité depuis plusieurs années. Au besoin, nous appliquons un process de recrutement propre au groupe. Chaque candidat doit à la fois rencontrer les équipes qui embauchent mais aussi nos partenaires opérationnels. Ces regards croisés permettent une validation globale du candidat dont nous observons les compétences et les valeurs. » Cette importance donnée aux valeurs se retrouve aussi dans le plan stratégique de la fonction juridique défini afin d’accompagner Michelin In Motion, la stratégie du groupe à l'horizon 2030 : « La stratégie Michelin Legal In Motion repose sur quatre piliers, dont l’humain est le premier, dans une approche à la fois individuelle et collective. Favoriser le bien-être au travail des équipes et développer les talents est primordial pour Michelin qui a une culture éthique concrète. » Au sein de la direction juridique, cela s’incarne par exemple dans l’accueil réservé aux alternants dont certains ont été embauchés : « accompagner les prochaines générations est un devoir et nous veillons à proposer des programmes de stages avec du contenu et de l’apprentissage. »
La culture juridique, carburant de la conformité
Les opérations de la fonction juridique et l’accompagnement du business sont deux autres piliers du plan stratégique de Michelin Legal avec un focus sur les nouvelles activités du groupe qui s’étendent au-delà du pneumatique. Dernier pilier stratégique : la gestion des risques. Pour Benoit Balmary, « maintenir en permanence une vision aussi exhaustive que possible de notre conformité aux lois et aux réglementations présuppose une bonne diffusion de la culture juridique, car chaque salarié est acteur en la matière ». Les formations juridiques proposées aux autres fonctions y contribuent. Mais aussi « la qualité du support apporté aux équipes opérationnelles par la fonction juridique dans son ensemble, qui a reçu un taux de satisfaction de 92 % de nos partenaires internes dont la R&D, les achats ou la fonction commerciale. L’exigence de Michelin en matière de conformité et de qualité produits aide aussi beaucoup car cela participe véritablement de notre culture d’entreprise », ajoute Benoit Balmary.
L’intelligence artificielle est aussi appréhendée comme une recherche d’équilibre. « Nous veillons à l’utiliser au service de nos processus, de nos partenaires et nous l’intégrons autant que possible dans la construction de notre vision de l’avenir, explique-t-il. Ainsi la digitalisation du contract management, opérée par les legal ops au sein de notre centre de services partagés, intègre progressivement l’IA. L’IA est aussi au coeur de la dernière création sur la gestion des cadeaux et invitations de notre cellule digitale chargée de développer des applications pour automatiser et simplifier certains processus. Nous venons également de conclure une campagne de tests d’Harvey, l’IA spécialisée dans le domaine juridique pour créer des language models. Ce qui nous a permis d’affiner notre vision de la future architecture digitale de la fonction juridique qui embarquera plusieurs de ces modèles pour répondre à nos différents besoins. Le message que nous partageons auprès des équipes est que l’IA impose d’ores et déjà aux juristes de remonter dans l’échelle de valeur afin d’investir les missions où l’intervention, l’expertise et le contrôle humains sont incontournables. » C’est pourquoi les formations sur l’IA, et plus largement le numérique, seront proposées à toutes les équipes juridiques. Une dérogation à un usage établi selon lequel « chaque support group définit ses besoins et s’appuie pour y répondre sur la Manufacture des talents, le centre de développement et d’orientation interne, installée au siège social du groupe, à Clermont-Ferrand. »
Membre du codir groupe depuis 2020, Benoit Balmary est, en tant que directeur juridique de Michelin, très impliqué dans la gestion de risques, l’organisation de la fonction juridique et la gestion des talents, les partenariats avec les cabinets d’avocats et certains dossiers stratégiques. « Mais l’une des spécificités de mon poste tient au fait que Michelin est une société en commandite par actions, signale-t-il. Cette forme sociale, qui s’inscrit dans le temps long, se révèle particulièrement efficace dans ce contexte perturbé. Elle est aussi exigeante car elle repose sur une pluralité d’instances de gouvernance. En tant que secrétaire du conseil de surveillance, il m’appartient donc de veiller au respect de nos règles en la matière. »
Le virage de la gestion de crise
La nouvelle réalité de la fonction juridique guide aussi les réflexions de Benoit Balmary : « la raison d’être du juridique est de protéger l’entreprise. Auparavant protéger revenait à en garantir l’intégrité; désormais ce terme signifie aussi lui permettre de s’adapter en permanence dans un contexte en mouvement accéléré. » Dans ce repositionnement de la fonction juridique, l’irruption de la gestion de crise joue un grand rôle : « c’est un sujet prégnant et désormais fréquent, qui réinterroge en permanence l’organisation et les processus et pour lequel il faut opter pour une approche par les risques. Ces dernières années nous ont appris que si l’on ne peut tout prévoir, il est possible et nécessaire de se préparer pour avoir la réaction la plus rapide et la plus adéquate le moment venu. »
Pour y parvenir Benoit Balmary a une routine bien installée : « au lever, regarder les e-mails tombés durant la nuit ; au coucher, prendre connaissance des derniers e-mails de la journée. Avec, à chaque fois, la traque d’un éventuel sujet brûlant. L’existence d’une communauté juridique permet de jouer sur les décalages horaires : une équipe peut toujours commencer à travailler sur le sujet, s’il est transposable, pour gagner du temps sur l’urgence. C’est à mon sens une approche vitale dans le monde instable qui est le nôtre. » Un autre élément est à considérer selon lui : « aborder la relation humaine comme un actif, un bien précieux. C’est bien souvent cette dimension qui nous a permis de sortir des crises rencontrées. »
Et de conclure « le chemin est aussi important que la destination ! » Parole d’un Michelin.
La direction juridique de Michelin et l’AFJE : une longue et belle route ensemble
Pour Benoit Balmary, en pleine adéquation avec la position de l’AFJE sur l’indispensable confidentialité des avis des juristes d’entreprise, le lien de la fonction juridique avec son organisation professionnelle est « très important ». L’actuelle déléguée régionale AFJE Auvergne-Limousin Anne Prunevieille, est d’ailleurs juriste d’affaires chez Michelin. « Il y a des interactions constantes entre Michelin et l’AFJE et ce depuis de nombreuses années : le dernier atelier proposé aux adhérents de notre région était d’ailleurs animé par des juristes en propriété intellectuelle de Michelin et s’est tenu en notre siège social », apprécie Anne Prunevieille.
Michelin en chiffres
- Entreprise pionnière dans la science des matériaux depuis 1889, Michelin est un manufacturier clermontois spécialisé dans la production de pneus et de composants critiques pour les secteurs de la mobilité, de la construction, de l’aéronautique et des énergies bas carbone…
- Son activité s’appuie sur 128 sites industriels, avec 15 sites industriels et 5 sites tertiaires dont 1 centre de recherche en France et 35 sites de production aux États-Unis, et 129 800 employés répartis dans 63 pays. Avec une présence commerciale dans 170 pays, Michelin a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 27,2 Md€.
- Avec pour raison d’être “Offrir à chacun une meilleure façon d’avancer“, Michelin déploie une stratégie ESG qui trouve ses racines dans son ADN. D’où, par exemple, la progression constante de la part des matériaux renouvelables ou recyclés dans les matériaux utilisés : 31 % en 2024, soit 3 % de plus qu’en 2023. Sur tous les sites du groupe, un salaire décent et un socle de protection sociale sont mis en place.
- Le groupe Michelin a d’ailleurs intégré le collectif Engage & Care Corporate Coalition qui a pour but d’améliorer la protection sociale dans le monde.