Formation, sécurité et éthique, les trois chantiers prioritaires de l'IA pour la filière juridique
La 6e édition du Grenelle du Droit qui s’est tenue le 27 octobre 2025 a fait la part belle à l’IA. Zoom sur les enseignements de l’atelier 1 : De la réflexion à l’action : consolider les engagements IA dans la pratique juridique.
Atelier animé par Grégoire Hanquier, directeur produits & production, Lamy Liaisons, avec la participation de :
- Alexia Arno, notaire, présidente et fondatrice, Clésame ;
- Sarah Bayat, directrice de projet professions libérales et réglementées, Direction générale des entreprises ;
- Rémy Blain, avocat, Addleshaw Goddard ;
- Stéphanie Corbière, copilote, groupe scientifique IA, AFJE, directrice juridique, Aramis Group ;
- Christophe Roquilly, directeur, EDHEC Augmented Law Institute.
Un constat : l'impératif d'action
L’IA n’est plus une option, mais une réalité qui n'attend pas.
Face à la rapidité de la transformation, les professions du droit doivent s'engager sans délai.
La question fondamentale est de savoir comment passer concrètement de la promesse à la réalité de l'intégration de l'IA. Les débats ont confirmé que l'enjeu principal réside dans la capacité à trouver de nouveaux modèles économiques et à définir les usages pertinents de l’IA au sein de chaque profession du droit.
Toutes les tâches juridiques ne sont pas délégables à l’IA qui se contente d’assister. La prise de décision, qu’elle s’opère en amont ou en aval, doit rester dans les mains du professionnel du droit.
-> L’exemple du notariat qui intègre un référent IA dans les offices. Son rôle : tester, valider et diffuser l'usage des outils.
L'adoption de l'IA s'articule autour de deux piliers fondamentaux :
1. Repenser la formation, une nécessité : les discussions ont souligné la nécessité d’une modification profonde de la formation pour les futurs juristes. L'objectif est de préparer des professionnels capables d’utiliser l’IA tout en conservant une vraie utilité à l’embauche des juniors.
-> Une bonne pratique des avocats : certains cabinets ont mis en place des formations internes intensives pour développer le réflexe de l'esprit critique face à l'IA. Il est important d'apprendre aux juniors à ne pas faire confiance à l'outil sans vérification humaine et à savoir l'utiliser pour transformer leur méthodologie de travail et non uniquement leur productivité.
-> Au niveau de la formation initiale, il est important d'intégrer dans les cursus non seulement le droit de l’IA, mais surtout le droit par l’IA, afin que les jeunes professionnels comprennent les mécanismes et les limites des outils. L’IA ne remplacera pas les juristes mais remplacera ceux qui n’auront pas compris comment fonctionner avec elle.
- La sécurité des données, une priorité : l'intégration de l'IA ne peut se faire sans une réflexion sur la sécurité des données et le futur des modèles économiques. L'usage de l'IA implique une vigilance accrue sur la gestion des informations confidentielles qui transitent par les outils et les systèmes. Il est par exemple recommandé de privilégier les outils hébergés sur des plateformes souveraines.
-> Le rôle du juriste d’entreprise, ce "sentinelle" de l'IA : le juriste d’entreprise doit garantir l'alignement des outils avec la politique interne de l'entreprise en matière de confidentialité et de compliance.
2. Avoir une approche collective et responsable de l’IA
L'intégration de l'IA doit être abordée avec une perspective plus large que la seule productivité.
- L'éthique et la frugalité : il est impératif d’associer au débat sur l’IA la question de son impact environnemental. Même si des efforts sont consentis par les éditeurs pour réduire la consommation, la gourmandise en énergie des modèles d'IA générative doit rester au centre des préoccupations des utilisateurs. Outre une utilisation raisonnée, l'idée est d'intégrer l'empreinte carbone de l'outil comme l’un des critères de choix des solutions technologiques.
- Les enjeux de souveraineté, d'éthique et de formation sont communs à l'ensemble de la filière juridique : l'adoption de l'IA nécessite un traitement holistique et transversal. Les professions juridiques doivent avancer collectivement sur ces enjeux afin d'assurer que l'intégration se fasse de manière éthique, en préservant l'authenticité des professions tout en intégrant l'innovation technologique. Les juristes, notaires et avocats sont des professions de la preuve, il est indispensable de savoir ce qui a été produit par IA et revu / modifié par un humain. À ce titre, les solutions de marquage se développent pour rendre "l’effort invisible" enfin visible.
- Renforcer l’interdisciplinarité : afin de renforcer les ponts entre les métiers (ex : hackathons interprofessions), un observatoire IA des professions juridiques pourrait consolider les usages et instaurer des préconisations sur les outils et des gardes fous sur les hallucinations et autres incidents.