À la découverte du volontariat International en entreprise (VIE)
Le Volontariat International en entreprise (VIE) n’est guère utilisé par les directions juridiques. À tort car face à un besoin de ressource à l’étranger, ce dispositif, très attractif financièrement, permet d’attirer ou de valoriser des jeunes talents déjà expérimentés et de leur confier des missions juridiques très diverses.
Par Florence Leandri
Face à un besoin juridique au sein d’une entité implantée hors de l’hexagone, le VIE, peu coûteux car exonéré de charges sociales, ouvert à toutes les tailles d’entreprise, est à considérer, d’autant qu’il est un bon levier pour attirer et fidéliser les jeunes talents. Service civique instauré en France en 2000 à la suite de la suspension du service national obligatoire et en remplacement du service national en coopération, le programme VIE est géré par Business France, agence nationale au service de l’internationalisation de l’économie française.
En résumé, le VIE :
- dure entre six et 24 mois ;
- est effectué à l'étranger pour le compte d’une entreprise française ou d’une entreprise étrangère recrutant depuis sa filiale française ;
- est ouvert aux majeurs de moins de 28 ans à la date de la candidature, de nationalité française ou ressortissant d'un pays de l'espace économique européen ;
- est utilisé dans le cadre de missions principalement techniques, commerciales ou attachées à du support, parmi lesquelles la finance, l’informatique, les RH, la communication ou encore le juridique.
Mais la fonction juridique n’y recourt que peu : à ce jour, moins de 2 % des 11500 VIE exercent une mission relevant du droit et/ou de la compliance, selon Business France. Une réalité que déplore notamment Hany Bourghol, general counsel L’Oréal Middle East & North Africa, qui ne voit que des avantages à ce dispositif : « intégrer un juriste pour une période longue favorise son implication : les missions proposées sont plus intéressantes, la rémunération est attractive et le responsable et la direction juridique peuvent mieux explorer ses capacités dans une perspective de recrutement à plus long terme. » Et, de fait, « 92 % des employés sont recrutés après un VIE », partage Xavier Guérard, responsable de la promotion du VIE chez Business France.
Un dispositif fluide où le recrutement est clé
« L’expérience de collaboration avec Hakima Keddache, qui a occupé un VIE à Dubaï pendant deux ans (lire son témoignage ci-dessous), a démontré toute la valeur ajoutée de ce dispositif et la pertinence de son embauche. De plus, détaille Hany Bourghol, c’est un dispositif très fluide administrativement et bien moins contraignant qu’un CDI, CDD ou stage : Business France est très aidant. La mise en place est rapide car les obligations et les modalités sont prédéfinies tant coté candidat que coté entreprises. »
Pour Hany Bourghol, la plus grande difficulté dans la mise en oeuvre du VIE juridique est le sourcing, obstacle aisément surmonté dans le cas d’Hakima Keddache puisqu’elle avait été alternante au sein de la direction juridique de L’Oréal. « Elle avait déjà fait ses preuves et était très appréciée. Cela a conforté mon choix. » « Envoyer en VIE une personne déjà connue est la piste la plus évidente, d’autant que l’entreprise peut interrompre un CDI ou un CCD d’un jeune pour l’envoyer en VIE et le réinternaliser ensuite, précise Xavier Guérard. Il est possible de recruter dans les viviers des alternants ou des stagiaires présents ou passés de l’entreprise mais aussi via le site VIE de Business France où plusieurs centaines de profils juridiques sont mis en avant. » « Les attentes du candidat doivent dépasser la seule recherche d’une expérience à l’étranger : il doit vouloir contribuer, procurer de la valeur ajoutée quel que soit le champ des missions, pointe Hany Bourghol. En miroir, il importe pour une prise de poste efficiente que l’entreprise, la direction juridique et le responsable direct de l’employé lui facilitent l’accès à la culture d’entreprise, aux dossiers et à une vision d’ensemble ne négligeant pas le comment faire. » Ce qui suppose, pour Xavier Guérard, « de prendre un temps de formation avant le départ à l’étranger si le VIE ne connaît pas l’entreprise ».
Legal privilege et droit local ne sont pas des obstacles
La méconnaissance globale du VIE, en particulier coté entreprises, ne peut être niée. Pourtant la fonction juridique apparaît bien à la traîne, sans doute parce qu’elle projette des obstacles infondés. À l’image du « legal privilege qui limite dans certains cas de figure les capacités d’action du VIE, admet Jacques Cracosky, conseiller du commerce extérieur de la France et animateur du groupe expertise VIE. Toutefois il n’existe pas dans tous les pays et, si tel est le cas, il peut ne pas être pénalisant selon la mission envisagée. Autre limite souvent invoquée : les postulants à un VIE sont assimilés à des personnes trop jeunes pour faire le pont entre deux droits différents. »
Mais « la moyenne d’âge des VIE en poste en 2025 est de 26 ans ! signale Xavier Guérard. Ce sont à 95 % des bac + 5 ou plus, disposant d’une expérience professionnelle autre qu’un stage ou une alternance. Dans la sphère juridique, ces "juniors pas si juniors" sont particulièrement bien formés puisque titulaires d’un M2 », souvent double (droit français/droit anglais, droit français/droit espagnol, droit français-droit européen…) « Il y a sans doute une certaine frilosité des directions juridiques en raison du présupposé qu’un juriste formé au droit français n’est pas exportable, regrette Hakima Keddache. C’est une vision fréquente, qui explique le peu de mobilité internationale de la profession, mais erronée. Appréhender le droit local pour un juriste ou les modes locaux de consommation pour un commercial revient à comprendre une culture. C’est la même démarche qui nécessite de la curiosité et une attention aux détails, et en cela les juristes d’entreprises sont experts. »
Large spectre des domaines éligibles à un VIE juridique
Elle poursuit : « la conformité est le terrain de jeu par excellence du VIE juridique car la question du droit local ne se pose pas. Cela fait tout particulièrement sens si le postulant a été formé en France voire au sein de la maison mère : il sera d’emblée plus aguerri et plus désireux de travailler efficacement dans ce domaine. » « La conformité qui est en pleine expansion nécessite avant tout des analyses comparées sur les exigences réglementaires et normatives », ajoute Jacques Cracosky. Tous deux appuient Hany Bourghol lorsqu’il indique qu’« à quelques exceptions près dont le droit du travail, tous les domaines juridiques peuvent être confiés à des VIE puisque les principes et les notions sont souvent identiques. C’est l’étendue de la délégation qui peut varier au gré de la confiance établie. »
De fait, le VIE concerne des postes d’adjoint, d’assistant ou de support. « Le droit émirien s’appliquait aux contrats que j’ai eu à connaître, relate Hakima Keddache. Certes la question de l’application du droit local est importante en contentieux et précontentieux. Mais, dans la négociation contractuelle, les clauses, notamment celles portant sur la responsabilité, reposent sur des standards très répandus : il y a peu de risque de confusion. Les points de difficulté, dont les conditions de paiement qui ne sont pas encadrées de la même manière aux Émirats arabes unis, peuvent être dépassés grâce à un bon accompagnement en interne et des conseils locaux experts. »
Selon Business France, le spectre de postes ou domaines éligibles à un VIE juridique est large : chargés de conformité, délégués à la protection des données, droit des contrats, droit de l’environnement, droit international, droit comparé, droit européen, droit de la propriété intellectuelle, fiscalistes, RSE et risk management. Démocratiser le VIE juridique apparaît d’intérêt public et privé. Les entreprises qui y ont goûté en conviennent.
« Le VIE est une pratique de plus en plus récurrente chez L’Oréal, se félicite Hany Bourghol qui a initié le premier VIE juridique du groupe. Cela me tenait à coeur car, à mes débuts, j’avais postulé à des VIE, en vain. Il est vrai qu’en 2006, les offres étaient encore moins nombreuses ! » Pour lui, « les promoteurs et acteurs du VIE devraient être plus percutants dans son marketing, en faisant porter sa promotion par les consulats de France auprès des managing partners à l’étranger. Évidemment les DRH doivent aussi être ciblés afin qu’ils envisagent ce dispositif notamment dans un contexte de recrutement contraint. »
Des pistes intéressantes qui viennent s’ajouter au travail de fond mené par Business France et le groupe expertise VIE auprès des doubles cursus universitaires droit français/droit d’un pays étranger dont la représentativité a doublé en deux ans dans les VIE.