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LA
RÉFORME DES TRIBUNAUX DE COMMERCE
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L'Association
Française des Juristes d'Entreprise (AFJE), association professionnelle
créée en 1969 qui regroupe aujourd'hui près de 2 000 juristes d'entreprise
exerçant leur activité dans les secteurs économiques les plus divers,
ne veut pas rester étrangère au débat relatif à la réforme des tribunaux
de commerce.
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Surprise
par le caractère général et excessif de certaines attaques, l'AFJE tient
tout d'abord à rendre hommage au travail, au désintéressement et au
sens civique des magistrats consulaires. Il lui paraît en effet inéquitable
de mêler uniformément dans la critique magistrats consulaires et mandataires
de justice, et de confondre certaines insuffisances des tribunaux de
commerce et inadaptation du droit des procédures collectives. Ceci étant,
toute institution est perfectible, les tribunaux de commerce ne font
pas exception, et le moment est venu de revigorer l'institution. Il
semble, à l'heure où s'engage leur réforme, nécessaire de rappeler que
les tribunaux de commerce ont accompli et continuent d'accomplir une
tâche essentielle et insuffisamment reconnue au service des justiciables.
Les tribunaux de commerce ont su allier, dans des conditions matérielles
difficiles, qu'il importe d'améliorer la rapidité des décisions à un
coût raisonnable d'accès à la justice pour tous les commerçants.
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C'est
dans ce contexte, et alors que chacun s'accorde à reconnaître la rapidité
des mutations dans le monde des affaires, que les juristes d'entreprise,
qui vivent le droit au coeur de celles-ci, s'estiment fondés pour procéder
au constat des mérites et des faiblesses des juridictions commerciales.
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C'est
la raison pour laquelle, si l'AFJE trouve légitime qu'une réforme des
tribunaux de commerce soit engagée, elle souhaite que soient préservées
les caractéristiques qui ont fait le succès de cette juridiction originale
qui permet de faire rendre la justice par des juges élus, rompus à la
vie des affaires.
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A
cet égard, l'AFJE se prononce avec force en faveur du maintien de la
liberté d'accès et de représentation devant les tribunaux de commerce
prévue à l'article 853 du code de procédure civile et contre la constitution
obligatoire d'avocats.
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L'AFJE
n'a pas pour objectif d'ajouter aujourd'hui une voix au concert de celles
qui ont déjà pris position au plus fort du tumulte, elle désire seulement
être une force de proposition sur les sujets pour lesquels l'expérience
de ses membres lui confère une compétence incontestable. Les juristes
d'entreprise sont en effet, de tous les intéressés, les seuls à être
à la fois praticiens du droit des affaires et hommes d'entreprises.
On peut par ailleurs constater que nombre de magistrats consulaires
sont également juristes d'entreprise.
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1.
MODERNISATION DE LA CARTE JUDICIAIRE
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L'AFJE
se prononce en faveur d'une révision de la carte judiciaire et pour
une réduction significative du nombre des juridictions commerciales,
et suggère qu'une distinction soit opérée entre le traitement des procédures
collectives et celui du contentieux général.
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En matière de procédure collective, le facteur de proximité ne semble
pas déterminant et peut être même à la source de conflits d'intérêts.
Il semble naturel que la nouvelle carte judiciaire soit dessinée selon
la logique des pôles économiques.
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A l'inverse, pour ce qui est du contentieux général, la proximité apparaît
dans nombre de cas être un élément décisif d'efficacité. L'AFJE se prononce
notamment en faveur des audiences foraines pour le traitement des petits
litiges commerciaux.
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En
tout état de cause, un minimum d'un tribunal de commerce par département
paraît souhaitable.
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2.
LA MIXITE
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L'AFJE
s'inquiète de l'intégration possible au sein des juridictions commerciales
de magistrats professionnels qui ne disposent pas toujours de la formation
économique et financière suffisante et qui, ne connaissant pas les pratiques
commerciales de nos entreprises, tant en France qu'à l'étranger, ont,
par conséquence, une vision imparfaite de l'univers de l'entreprise.
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Néanmoins,
l'AFJE se déclare favorable au principe de mixité, à la triple condition
que :
a)
seuls des magistrats professionnels ayant suivi au minimum des stages
opérationnels en entreprise puissent intégrer des juridictions commerciales,
b)
les principes de mixité soient synonymes d'égalité entre magistrats
professionnels et consulaires,
c)
réciproquement, un accès soit ouvert à des juges consulaires aux chambres
commerciales des Cours d'Appel en qualité de conseillers.
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L'AFJE
se déclare en revanche profondément opposée à l'échevinage et insiste
sur la nécessité que les présidences des tribunaux de commerce et de
chambres restent confiées à des magistrats non professionnels. L'AFJE
propose que les magistrats professionnels soient affectés auprès des
juridictions consulaires à temps partiel, comme le sont eux-mêmes les
magistrats élus, quitte à amender pour ce faire leur statut en conséquence.
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3.
LE RECRUTEMENT DES MAGISTRATS CONSULAIRES
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Diverses
études ont montré le vieillissement de la population des juges consulaires.
Ce phénomène souligne le manque de disponibilité des personnes engagées
dans la vie active. L'AFJE considère comme primordial qu'un des volets
de la réforme s'attache à favoriser les vocations au sein des entreprises.
Elle s'étonne du comportement paradoxal de celles-ci qui, en qualité
d'utilisatrices, s'intéressent de près à la réforme, tandis qu'elles
font, en pratique, peu d'efforts pour soutenir une institution à laquelle
elles se déclarent attachées.
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L'AFJE
préconise l'adoption de mesures d'incitation fiscales telles que le
relèvement du forfait fiscal représentatif des frais engagés par les
juges consulaires, en lieu et place de la déduction des frais sur justificatifs
et le dégrèvement partiel de charges patronales pour les entreprises
ayant des salariés engagés dans le fonctionnement de la juridiction
commerciale.
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4.
L'ELECTION DES MAGISTRATS CONSULAIRES
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L'AFJE
estime qu'il convient de mettre un terme à la dérive de cooptation qui,
dans les faits, a tendance à s'imposer comme la règle de désignation
des nouveaux magistrats. Le mode de recrutement et de présentation des
candidats ainsi que les modalités de l'élection des magistrats, devraient
être profondément revus dans le sens :
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d'un renforcement et d'une harmonisation des conditions d'éligibilité
(dépôt d'un dossier, interview des candidats sur leur lieu de travail,
examen écrit de connaissances, grand oral, ...),
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d'un élargissement de la base électorale,
-
d'une simplification des procédures d'accès à l'élection (ouverture
plus large des listes consulaires),
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et surtout, d'un accroissement de la transparence et de la publicité
donnée au processus électoral afin de rehausser le taux de participation
à ces élections.
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L'AFJE
recommande que les chambres de commerce et d'industrie locales, les
chambres des métiers, ainsi que les unions patronales organisent le
recrutement, la sélection des candidats et les élections consulaires.
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5.
LA FORMATION DES MAGISTRATS CONSULAIRES
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Les
postulants devront, après leur élection, bénéficier obligatoirement
d'une formation aux procédures judiciaires et, en tant que de besoin,
une formation juridique théorique qui serait dispensée au centre de
formation de Tours.
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La
subvention du Ministère de la Justice au financement de ce centre de
formation devrait être significativement accrue.
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6.
LA DEONTOLOGIE DES MAGISTRATS CONSULAIRES
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Afin
de répondre aux critiques sur leur impartialité et leur indépendance,
les juges consulaires, lors de leur entrée en fonction, procéderaient
à une déclaration de patrimoine auprès d'un organisme indépendant, laquelle
serait réitérée lors de leur cessation de fonction.
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Les
règles d'incompatibilité seraient renforcées tandis que serait adopté
un code de déontologie commun à toutes les juridictions commerciales
afin d'éviter tout conflit d'intérêts entre un magistrat consulaire
et une des parties.
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7.
LA REFORME DES LOIS DE 1984 ET 1985
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L'AFJE
approuve le décret publié le 30/12/1998 modifiant les dispositions relatives
aux administrateurs judiciaires, mandataires judiciaires et experts
en diagnostic d'entreprises qui vont dans le sens d'un meilleur contrôle
des conditions d'exercice de ces professions. L'AFJE se félicite de
constater que, dans l'esprit du gouvernement, la réforme de la justice
commerciale doit nécessairement s'accompagner d'une réforme concomitante
des lois du 1er mars 1984 et du 25 janvier 1985 sur le traitement des
difficultés des entreprises, réforme qui doit tendre à favoriser la
prévention des difficultés et à organiser une véritable transparence
tout au long de la procédure.
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L'interpénétration
des différents volets de la réforme est patente et implique notamment
de :
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renforcer le rôle du parquet au sein des juridictions commerciales,
tout particulièrement dans le déroulement des procédures collectives
avec assistance aux audiences et production obligatoire de conclusions
écrites pour certaines décisions (plans de continuation, plans de cession
et cession d'actifs),
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concourir de façon efficace à une révision de la carte judiciaire en
prenant en compte la spécialisation de certains tribunaux et la rapidité
nécessaire aux décisions, tant en premier ressort qu'en appel.
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Le
réforme devra veiller à définir clairement le rôle, les fonctions et
la rétribution des administrateurs et mandataires de justice, les modalités
d'accompagnement de leur mission par les organes du tribunal de commerce
ainsi que par le parquet.
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